Mulhouse Istanbul à vélo

Jour 33+34

🇸🇰 > 🇧🇬
BULGARIE !
 
Émilie qui en a déjà beaucoup ri, me charge de raconter ce qui suit :
 
Ciel couvert, la table de la nuit est mise assez tôt. Mon corps réclame une douche et une lessive générale s’impose.
 
A la réception de ce petit hôtel Serbe, mon passeport en main, Yelena :
Your eyes are beautiful 😍
Your hair… beautiful too 😍
-You are born at İstanbul !
Everything from Istanbul are beautiful 😍
 
Dit-elle avec un geste circulaire de la main sur son visage, un peu comme pour éventer les paillettes qui jaillissent de ses longs cils.
 
Je suis poli mais authentique, c’est pourquoi je ne parviens pas à lui retourner les compliments. Je lui souris avec mes yeux, mes sourcils ravageurs, mes magnifiques cheveux remontent et ouvrent un front d’esprit brillant, elle se transforme en motte de beurre oubliée sur une table en été , liquéfiée par le soleil turc dont le charme International ne fait plus l’ombre d’un doute.
Plus tard je redescends pour demander le code wifi pour ma chambre.
Elle ressortait tout juste du réfrigérateur où elle s’était refaite une beauté.
– okeeeey, your room is my rooooom 😍
Puis elle éclate de rire.
– what does it mean ?
Elle sourit en arc en ciel, mine de rien.
 
Je me concentre pour noter le sésame du wifi et m’applique à ne pas perdre le contrôle d’une de mes paupières. Un clin d’œil non maîtrisé et ce serait un Tsunami de romance Serbe.
 
Dernière nuit en ex-Yougoslavie
 
La Serbie partage une partie de sa gastronomie avec la Turquie. Avec mes derniers dinars j’achète du Burek (Börek en turc), un jus d’orange et m’en vais avaler les 10 derniers kilomètres avant la Bulgarie.
 
Jour 34 🇧🇬 Bulgarie
Le jour où je me suis réconcilier avec les gardes frontières.
 
La douanière Serbe fait honneur à sa profession avec toute la chaleur d’un glaçon sec au point de coller et brûler le bout de la langue.
Je garde la mienne dans ma poche et présente en sors mon passeport.
Stress.
Elle dit que d’après le komputer, je suis en Serbie depuis plus d’un mois.
Après de nombreux clics, sourcils froncés et souris agitée, le komputer n’en démord pas, je suis sur le territoire depuis trop longtemps.
– No, niet, nein, nicht, hayır, t-t-t-t-t avec doigt qui fait l’essuie-glace.
Je lui montre alors ma publication Facebook d’entrée en Serbie quelques jours auparavant.
-“Ово ме љути” (ça n’a pas l’air gentil mais étrangement je ne souhaite pas plus d’affinités)
– OK go go go ! En balayant l’air de sa main.
Je go, chère Yugo, je go (dans ma tête…pas folle la guêpe)
 
Le passage vers la douane bulgare est à l’image de mes souvenirs d’enfance.
 
Les vestiges du communisme et de l’armée ont laissé de tristes traces.
 
Le canal de désinfection des véhicules est un fantôme aride des suspicions passées, des chiens errent sur le pont, tête baissée à la recherche d’une vie meilleure.
 
Nous avons cinq doigts par main, aucun d’entre eux ne se ressemblent et ils sont tous indispensables.
 
Comme nous tous.
 
Ce sont là les mots de Nikolaï, le douanier bulgare le plus cool jamais rencontré.
 
Coupe de cheveux viking, rasé sur les côtés et le dessus tiré vers l’arrière, tressé avec des perles qui descendent a la nuque.
 
Après l’avoir félicité pour son style imparable, c’est avec plaisir qu’il a accepté ma demande de photographier 
le poste de douane, là où ses collègues des pays passés me l’interdisaient formellement.
 
Mon coeur fit des bons lorsqu’il me proposa le selfie de la fraternité.
 
Le cyclo-voyage a ses règles et mystères.
 
Parfois les kilomètres s’avalent de façon presque honteuse, comme ces tablettes de chocolat qu’on n’a pas le temps de partager car déjà disparue sous la cravate.
 
Les villages, les champs et forêts sont des carrés qu’on jette en bouche les uns après les autres sans sentir ni la route ni le papier aluminium qu’on déchire.
 
Et aujourd’hui, c’est une mauvaise mousse au chocolat trop lourde. Mes coups de pédales sont autant de grimaces que ces cuillères qu’on traine en tristes spirales dans cet échec chocolaté.
 
Je n’avance pas.
 
Je voulais dépasser Vidin, amorcer mon approche de ces redoutables montagnes Bulgares… mais je m’aime assez pour faire preuve de mansuétude face à ce manque de bol… au chocolat.
45km c’est peu, mais tellement plus que ce que je parcours comme distance à vélo en France.
 
Bon repos cher Bekir.
Repos