Mulhouse Istanbul à vélo

Jour 3

Jour 387 km. 33°c. 82kg (-2kg)
 
Je remonte les pentes du village d’Anna et Conrad, musiciens et chanteurs, après un copieux petit-déjeuner agrémenté de confitures maison, thé avec un nuage de lait d’me riz et le partage de mes noisettes/amandes torréfiées de Turquie.
 
Nous avons parlé de la fragilité de la vie et de l’importance du lien charnel entre les vivants… serrer vraiment quelqu’un dans ses bras, tenir une main et prendre le temps du lien et de la chaleur… des codes de société qui un jour nous ont coupe de l’essentiel : le tactile et le rapport simple au corps.
 
Je laisse tant de place à ce qui peut être que je le paye en prenant des chemins plus longs et accidentés.
Des collines que je pourrais éviter s’imposent a moi… je pèse sur les pédales de mon mieux… essaye de me convaincre que mes jambes sont déjà plus puissantes mais la brûlure musculaire me rappelle que non. 
 
Heureusement, c’est joli.
 
Forcément, la descente arrive ensuite mais il me semble qu’il y a tromperie sur la marchandise : cela ne descend jamais autant que cela monte… je soupçonne quelques anomalies de la croûte terrestre… non, j’en suis sûr et certain.
 
Irène, quinquagénaire suisse à pédales électriques fend les champs de maïs avec moi pendant quelques kilomètres… soudain un café-commerce apparaît dans les terres du géant vert et Irène souhaite m’offrir une collation. Je m’oblige à décliner pour profiter de cette fraîcheur du matin (27°) pour rouler le plus possible avant les 33° du reste de la journée.
 
Je me sens comme la navette d’un métier à tisser. Je trace mon chemin qui se dessine en rouge sur mon GPS (que j’utilise très mal) et je n’en fini plus d’entrer et sortir tantôt de la suisse tantôt de l’Allemagne.
Les douanes se suivent et je ne sais plus dans quel pays je me trouve… j’aime à penser que je tir un fil qui zigzague entre ces terres et les relie symboliquement.
 
Les rives du Rhin sont magnifiques en Allemagne ! Je tente de mémoriser ces spots pour y revenir plus tard. Sauvages ou exploités avec sobriété, peuplés de gens tannés par la main chaude du soleil, l’eau et la terre en fond de véritables jardins d’Éden.
 
Au menu, pâtes à la sauce tomate arrosées d’huile d’olive d’Edremit. C’est au pays des olives que sont nés mes parents… arbres millénaires imprégnés de l’histoire des hommes et des femmes… arbres d’histoires… arbres des délices.
 
Ces oliviers mes parents en ont hérité et depuis 3 ans ma mère cultive et produit seule cette incroyable huile d’or, ces précieux fruits que certains restaurants s’arrachent.
 
Comble du mauvais fils… du mauvais turc : je n’aime pas les olives ! Je suis de ceux qui disèquent leur pizza pour en extraire les rondelles noires au goût de grimace.
 
Malgré le froid brûlant du Rhin j’ai été tenté de me laisser flotter sur le vigoureux courant en me disant qu’il me ramènerait a Bâle… nous aimons tellement nous y baigner depuis la rive du musée Jean Tinguely.
 
 
 
Le Lac de Constance tend déjà le bout de ses doigts devant moi… ses voiliers me font de l’oeil et je sors pour la première fois mon oeil volant.
 
  • Ce drone minuscule qui fait des images incroyables.
  • Procédure de calibrage : ok
  • Décollage : ok
  • Pilotage : ok (enfin je suis un peu crispé)
 
Je tente des plans vidéos et photos.
C’est le futur.
Je lance ce cerf volant des temps modernes dans le ciel bleu. Le petit écran me renvoie des images de toute beautééééééé (réf à Albert Dupontel mon héros).
 
Je suis le rampant qui parcours le monde en grattant la terre, je reçois les senteurs des arbres et des fleurs, je suis l’oiseau qui plane et s’affranchi des distance et de l’espace.
Je sens l’humanité qui se soucis de l’autre…
 
Que la vie est bonne avec moi.
 
J’ai souvent le sentiment que mes rêves deviennent tous réalité. Mais ça c’est un gros morceau dont je parlerai plus tard.
 
Maintenant je déploie cette peau qui sera ma chambre… vide mes poumons dans ce qui sera mon lit et rejoins cette belle tablée de Stephan Andrea et leurs amis qui font aimer la Suisse autrement.
 
Stephan n’avait pas menti : on a bouffé bouffé bouffé.
J’ai même dû renoncer à la tarte tatin (exploit)
 
J’ai même droit a un shiatsu par leur amie.
 
Ma main gauche me joue un drôle de tour.
 
3 doigts ne répondent plus.
 
Est-ce la poignée du vélo, mon cou qui a été malmené cet été ? Un truc à comprendre ou un tour de passe passe de Garcimore.
 
Dodo.